Mot de Martin un ami historien du Québec
Ça y est, c'est fait. Après des mois d'attente et des millions de dollars dépensés, Barack Obama est enfin élu président des États-Unis
d'Amérique. Cet homme, portant sur ses épaules le poids des aspirations de millions d'Américains et de gens de partout à travers le monde, qui réclament du changement, vient d'être élu à la tête du plus puissant pays de la planète. Saura-t-il répondre aux espoirs que fondent en lui ces millions d'individus? Par ses discours tout au long de la campagne et son discours suite à sa victoire, le principal intéressé laisse effectivement présager que les gens ont raison d'avoir espoir en lui. Il parle d'unité, d'une nouvelle ère de changement où tout sera possible ‹‹ Yes we can ››,
il promet des politiques sociales ( pauvreté, éducation, santé ) et une autre politique internationale que celle préconisée par l'administration Bush, où l'arrogance et l'unilatéralisme faisaient lois. De plus, à lui seul Obama incarne le changement. Premier président noir de l'histoire des États-Unis, jeune et talentueux, il incarne une vision moderne et rafraîchissante de la politique, qui laisse entrevoir une nouvelle façon de gérer la politique américaine.
On ne peut toutefois s'empêcher de craindre. Craindre que tous ces espoirs s'envolent en fumée, qu'Obama, outre le fait d'être le premier noir à la Maison-Blanche, ne soit qu'un président comme tous les autres, n'apportant aucun changement concret; ou alors craindre que s'il tente vraiment d'apporter des changements radicaux au système, changements favorables à la population et défavorables aux puissants intérêts financiers et industriels, il ne lui arrive le même sort qu'à Kennedy. Le XXe siècle a apporté tant de déceptions aux niveaux politique et social qu'il est devenu difficile de se laisser emporter par l'espoir et la liesse sans qu'il ne reste des traces de scepticisme. On n'a qu'à penser aux espoirs déçus de la Révolution russe, des deux après-guerre, l'assassinat de Kennedy, le monde nouveau qu'annonçait le mouvement hippie, la fin de la Guerre froide et bien d'autres encore... Pour tous ces grands moments, les espoirs ne se sont pas concrétisés et nous vivons aujourd'hui dans un monde néo-libéral, individualiste et égoïste, où il ne semble plus y avoir aucune alternative idéologique.
Devant de telles considérations, il est tout à fait justifié de se garder quelques réserves et, comme le dit l'adage, de ‹‹ ne pas mettre la charrue devant les boeufs ››. On veut bien croire au changement promis, mais ce changement a été promis tellement de fois et il a déçu tellement de monde qu'on ne peut qu'‹‹ attendre et espérer ››, comme le dirait le Comte de Monte-Cristo, tout en demeurant réaliste. Il s'agit donc de laisser le nouveau président Obama démontrer que tous les espoirs fondés en lui ne resteront pas vains. Pour nous au Québec, il ne nous reste qu'à observer, avec du recul, cette grande lueur au sud!!!
Martin Lavallée Montréal
Le 5 novembre 2008